3e intervenant : Stéphane Trois Carrés : « Un fertile malentendu »

Synthèse du discret au continu. Dessin et image de synthèse Stéphane Trois Carrés, 2015

Tournant le dos à l’idée platonicienne de la convergence des sciences et des arts vers une vérité commune, ne serait-il pas plus fertile d’assumer la disjonction permanente entre la création artistique et la science. On pourrait penser que si la première montre, la seconde démontre.

Ainsi au coeur du débat réside un malentendu permanent qui a la vertu de pousser notre émotion et notre intelligence dans un va et vient permanent d’analyses ou de fascination. Si la symétrie et la régularité était au coeur du dispositif classique des sciences et de l’art, l’époque contemporaine nous a montré que ce n’était plus le cas. Les modèles esthétiques ont explosé au cours du XXe siècle tout comme les paradis épistémologiques édifiés au XIXe siècle, irrégularité, perturbation, chaos sont devenus des termes communs les sciences du XXe siècle tout comme le terme esthétique est accompagné de prédicats précisant son champ d’application (esthétique sociologique, esthétique de l’échec etc..)

Les catégories sont poreuses et leurs contours deviennent imprécis. Profitant de cette dynamique les artistes se nourrissent des sciences et leurs rendent un imaginaire spécifique.

C’est dans ce dialogue pendulaire que s’esquisse un nouveau savoir plus global. Convoquant la
nécessité d’une connaissance générale plus imprécise que les humanités traditionnelles, elle permet une vision du monde se réécrivant constamment à l’aune des expériences et de nouvelles théories. Une épistémologie probablement plus fragile que celle du XXe siècle qui joue en faveur de la gloire de l’esprit humain et de la complexité du réel. L’intégration des sciences humaine participe de cette transformation du paradigme de la connaissance et l’art est un des axes d’investigation.
Ainsi l’art et la science procéderaient d’un malentendu.
Les deux objectifs sont inconciliables. Un paradigme de convergence est illusoire et stérile, aussi l’affirmation du malentendu et d’une différence radicale ne seraient-elles pas plus fertiles. c’est ainsi qu’au fait de ces différences, la science pourrait ensemencer les rêveries artistiques, les sauts conceptuels de l’art ne pourraient devenir l’affirmation de la liberté de l’esprit créateur propice à la genèse d’intuitions scientifiques.
“Le fertile malentendu” est le premier exercice de collaboration entre l’art et sciences qui sans
complexes opère sur le constat d’une réelle différence ontologique. Reconnaissant l’inconciliabilité, c’est en opérant sur les différences que l’on souhaite comprendre les enjeux et
méthodes des domaines respectifs.

Stéphane Trois Carrés Propose à partir de dessins sur un banc titre et d’un dispositif de
microscopie vidéo d’explorer différents sujets imaginaires de physique dessinée.

Stéphane Trois Carrés, enseignant chercheur au Laboratoire IDEA, Interactivité, Design & Art

 

L’École Supérieure d’Art et Design Le Havre-Rouen par son laboratoire IDeA (Interactivité,
Design & Art) souhaite initier une collection d’ouvrages qui se focalise sur la problématique
précise de la manipulation, de l’apprentissage, des outils numériques pour la création : graphisme programmé, généré, interactif, installations numériques, publication en ligne.

Stéphane Trois Carrés commence sa carrière d’artiste en exposant en 1985 alors qu’il était
encore étudiant à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, en exposant à la Tony
Shafrazi Gallery, New York puis à la Galerie du Jour, agnès b., Paris. Il expose ensuite aux
Ateliers de l’ARC, Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1992, il poursuit une pratique
d’expérimentations vidéos à Canal + dans l’équipe de l’émission L’oeil du Cyclône, en 2009 il
expose à la Triennale La Force de l’Art 02, Grand Palais, les Virtuels, Centre d’Art Virtuel
Synesthésie, Installation N+1, session Glitter, Paris et enfin 2017, sa présence dans l’histoire de
l’art contemporain est démontrée dans l’exposition rétrospectives sur les années sur le dernier
mouvement artistique international “Les Figurations Libres” à la Fondation Leclerc.

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